Dans le tumulte politique de la République Démocratique du Congo, une simple rencontre fortuite peut parfois basculer en un cauchemar sécuritaire. C’est l’histoire de Julien, un étudiant kinois dont la vie a failli basculer pour un crime qu’il n’a jamais commis: la complicité avec l’ennemi.
Tout commence à la fin de l’année 2020. Julien Kiesse fait la connaissance de Gaston Kizita, un jeune homme originaire du Kivu, appartenant à la communauté Banyamulenge. Nouveau venu dans la capitale, Gaston semble désorienté par l’immensité de Kinshasa. Par pure amabilité, Julien propose de l’escorter jusqu’à sa destination: le prestigieux Grand Hôtel.
À cette époque, Julien ignore tout de la face cachée de son nouvel ami. Gaston se présente simplement comme un fils de militaire. Ce n’est que bien plus tard que les pièces du puzzle s’assembleront: l’oncle de Gaston n’est autre qu’une figure de proue du mouvement rebelle M23. En l’accompagnant au Grand Hôtel, Julien Kiesse ignorait qu’il pénétrait, bien malgré lui, dans l’antichambre de la diplomatie parallèle.
Durant les premiers mois de 2021, les deux hommes entretiennent une relation cordiale. Le contexte politique de l’époque ne semble pas alarmant: des délégations du M23 séjournent officiellement à Kinshasa pour finaliser les accords de paix de 2009 et 2013. Pour Julien Kiesse, cette amitié est sans conséquence.
C’est le 23 mai 2021, lors d’une rencontre à Kintambo Magasin, que le voile se lève partiellement. Julien Kiesse découvre l’identité de l’oncle de Gaston: Willy Ngoma, le porte-parole et leader médiatique du M23. Malgré cette révélation troublante, Julien ne se doute pas encore que cette proximité va devenir un fardeau mortel.
La disparition et l’engrenage
Fin juillet 2021, Gaston disparaît soudainement. Téléphone coupé, silence radio. Inquiet, Julien Kiesse se rend au domicile de son ami le 3 août pour prendre de ses nouvelles. C’est là que le piège se referme. La maison est sous scellés; une enquête de haute sécurité est en cours.
Le sort de Julien bascule en quelques secondes. Interpellé brutalement, il est cagoulé et jeté dans un véhicule. Il se retrouve dans un centre de détention secret, soumis à des interrogatoires musclés. L’accusation est aussi grave qu’expéditive: complicité avec l’ennemi et atteinte à la sûreté de l’État. Dans ces lieux de non-droit, l’emprisonnement à long terme – voire pire – semble inéluctable.
Une évasion in extremis et l’exil pour la survie
La délivrance viendra d’un geste désespéré. Dès le lendemain, son frère, alerté par sa disparition, parvient à localiser son lieu de détention. Conscient que la justice légale ne suffira pas à sauver Julien Kiesse dans un système sous haute tension, il négocie l’impossible. Contre une somme de 500 dollars, un officier accepte de fermer les yeux et de faciliter une évasion nocturne.
Pour Julien kiesse qui venait ainsi d’échapper à l’implacable machine judiciaire de Kinshasa, sa vie ne tient plus qu’à un fil. Rester sur le sol congolais équivaut à une condamnation à mort. Heureusement, le destin lui offre une porte de sortie: son admission dans une université américaine avait été validée quelques mois plus tôt. Dans une course contre la montre haletante, il obtient son visa étudiant et quitte le pays le 18 août 2021.
Aujourd’hui loin de Kinshasa ,Julien Kiesse est un survivant. Son récit illustre la mince frontière qui sépare l’étudiant ordinaire du « complice » aux yeux des services de sécurité. C’est un rappel poignant que, dans certains contextes, la solidarité et le hasard des rencontres peuvent devenir les instruments d’une chute brutale, mais aussi que la résilience et le soutien familial restent les derniers remparts contre l’arbitraire.
La Rédaction
